Biel Boutros, défenseur des droits humains ami d’Isaiah Abraham, un journaliste critique à l’égard du gouvernement du Soudan du Sud tué en 2012 après avoir reçu des menaces répétées, a décrit à Amnesty International comment il avait lancé une campagne en réaction à l’agression : « Nous avons commencé peu après sa mort, en diffusant des communiqués de presse condamnant son assassinat ; nous avons écrit au ministre de la Justice, nous avons écrit au président Kiir. Pendant des années, nous avons publié un communiqué de presse pour demander le jugement de ceux que l’État a affirmé avoir arrêtés pour son assassinat, mais rien ne s’est concrétisé. L’État nous a menti à tous et personne n’a eu à répondre de cet acte à ce jour. » En décembre 2013, Biel a dû fuir le Soudan du Sud pour sa sécurité car « entre mon autre travail de défense des droits humains et cette demande de justice pour notre frère Isaiah Abraham, je suis devenu une cible, affirme-t-il. À l’heure actuelle, certains de mes collègues de la société civile et moi-même sommes en fuite car le gouvernement veut nous éliminer. Il porte maintenant une multitude d’accusations contre nous, notamment celles d’être des sympathisants des rebelles, des agents opposés aux politiques de l’État et des agents des gouvernements occidentaux. Avec ma famille, nous sommes en danger et nous nous cachons depuis un an. » Biel refuse de baisser les bras. « Nous essayons de poursuivre notre travail malgré les risques, déclare-t-il, car le silence voudrait dire que nous perdons la bataille et que le gouvernement la gagne. Je sais que nous avons affaire à un État puissant et doté de ressources, mais l’esprit qui nous anime nous rend forts, car nous ne pouvons pas trahir l’héritage qu’Isaiah Abraham nous a laissé. » L’impunité lui inspire ces mots : « Au Soudan du Sud aujourd’hui, les agressions de défenseurs des droits humains ne sont plus perpétrées en secret. Si vous avez dit ou écrit quelque chose contre les violations des droits humains, les agents des forces de sécurité viennent vous chercher ; ils ont même été jusqu’à prendre des mesures de coercition contre des défenseurs en exil. Manifestement, l’impunité est devenue une affaire cautionnée par l’État. »